Elle vivait le lundi comme une lutte à mort. Féroce, excessive et finalement ridicule. Mais elle en souffrait. Elle arrivait à la nuit pleine de fatigue et les yeux flous. Souvent, les larmes s'échappaient passé 19 heures, comme un je n'en peux plus pourquoi je n'en peux plus. Le soir n'apportait pas de douceur, il faisait nid de l'épuisement. Il projetait, insurmontable, la semaine et ses collines, encore, à franchir. Et même, au-delà, il dessinait, semblable à un perpétuel dromadaire, comme un désert de bosses arides, un avenir de combats et de défaites, une lessiveuse sans fin.
Elle haïssait son être dans le miroir du lundi.
Elle regrettait le calme des vacances et leur repos doucereux, qui paraissait déjà loin. Elle pensait que c'était quand même sa faute si elle se mettait dans de tels états. Elle pensait c'est ma faute je n'y arriverai pas, elle pensait je pense que c'est ma faute je n'y arriverai pas, elle pensait qu'elle pensait cela, et sa peine se gonflait de sa mise au carré – dont les puissances croissaient. Elle voulait alors frapper quelque chose, décharger la panique qui la cisaillait, à la fois une trouée et une poussée, un trou du dehors et un trou du dedans, qui lui déformaient l'âme.
Elle pensait mon âme est cabossée et dès qu'on la frotte, maintenant, elle pleure et craque.
Elle voyait son âme comme un tissu fragile qui partait en lambeaux et la laissait à vif.
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