samedi 3 janvier 2026

Message

Le soleil frappait aux vitres, glacé d'un bleu d'hiver. Il y avait de la neige sous les voitures, sur les voitures et sur les branches. Samedi s'offrait doucement. Les enfants grattaient le bitume du pied pour décoller la pellicule poudreuse. 

Il voyait de son bureau les toits et les balcons réchauffés de lumière. Lui-même, dans son appartement, ne craignait pas le froid, emmitouflé par le chauffage central, au sol qui plus est, sur lequel il n'avait aucun contrôle, et qui le mijotait lentement. Il mettait le pull, enlevait le pull, au gré des fraîcheurs imperceptibles et des plus fréquentes suées, attablé au bureau devant l'ordinateur. Les doigts lui picotaient.

Il repensait à l'échange de la veille. On devait pouvoir en tirer un embryon d'histoire. Elle, à table au restaurant, avec son mari, son amie et l'ami de son ami. Lui, chez lui, seul, plus que refroidi par leur dernière discussion, mais l'esprit malgré tout rivé au téléphone, dont il tournait l'écran tantôt vers le haut, tantôt vers le bas, pour le voir, ne plus le voir, attendre et se détacher, en un va-et-vient qui n'avait rien de dialectique et tout de l'empêtrement. Elle dînait avec ses proches, publiquement, reléguant son existence à lui aux conversations privées et aux messages écrits subrepticement, camouflés dans les cachettes numériques d'applications qui s'étaient depuis longtemps adaptées à ces nécessités.

Préserver son jardin secret, se conserver un monde à soi, s'inventer une vie en-dehors des autres officiels. En somme dissimuler, mentir, s'arranger.

Il avait passé la soirée au plaid, entortillé dans une lecture des plus haletantes, puis rivé à l'intrigue d'une série TV de science-fiction ma foi assez bien réussie. L'écran ne s'était pas allumé pour elle. Deux barres bleues, tardivement, indiquèrent la lecture de son dernier message, mais nulle réponse ne suivit. Il se rengorgea dans sa bouderie.

La colère s'infiltra peu à peu, à mesure que la solitude du soir s'épaississait. Dehors, la lune presque ronde ne lui inspirait rien. L'immeuble silencieux laissait le champ libre à ses aigreurs, sans distraction, sans répit. Il cogitait mal, pour s'échauffer, lui reprochant l'indifférence qu'il lui supposait, l'insouciance joyeuse du dîner enivré dont il était exclu, et globalement la sujétion qu'elle lui imposait – qu'il acceptait qu'elle lui impose pour ne pas la perdre.

Elle avait cette intensité existentielle que seules les fragilités fondent, tour à tour brûlante et désespérée, et mettait dans sa vie des joies et des peurs fiévreuses, irrésistibles. Indomptables.

Quand enfin la notification s'afficha, et qu'il lut le message, il en fut évidemment déçu. Ranci par sa soirée de rancune, il ne répondit rien. Il avait attendu quatre heures précisément pour cela – ne rien répondre, montrer qu'il resterait muet et avoir ainsi le dernier mot.

 

 

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