Lourd. Froid. Identique. Inerte. Impassible. Pesant.
Incapable. Tremblant. Gris. Seul.
Résigné. Triste.
Fatigue.
samedi 27 mars 2010
lundi 15 mars 2010
Aujourd'hui
Un doux sourire plonge dans mon lit depuis la fenêtre de soleil. Mes draps s'ébattent en silence, l'assourdissement est proche. La lumière, en paillettes, disperse le regard sur les murs de la chambre. Tiédeur d'enfant.
Au-delà, un monde de grandes personnes, des avenues grises, et des horaires. Dehors des bruits, des chantiers qu'on construit, un avenir qu'on bricole. Je ne ferme pas les yeux, j'écoute de mon bord lointain les gens qui vivent autour. J'écoute absente.
Lent tourbillon des heures amollies sur la ville. Suspension de l'idée, au bout de la plume, du geste vers l'autre. Isolement. Sans doute au bout d'une branche une feuille s'agite. Mais ici rien ne bouge. Humeur noire qui s'écoule, sous l'éclat blanc du ciel, canaux gris, langueur qui pénètre.
Même les larmes ne savent plus naître, dans l'embrassade brune des clairs après-midi. Même les larmes, même la tristesse, s'éclipsent, persistent. On m'a dit que c'était décollement, adhérence en péril, effets sans cause : mélancolie.
Ou encore moins, grain de sable qui gratte un coin de l'âme, mot qui reste de travers, ou regard qui ne passe pas.
Dans la chambre close, on n'est jamais seul.
Souffle sans fraîcheur. Morne-ité. Encore sourire, qui ne perce pas.
A quoi bon tout cela ?
C'est un retour des vieilles rengaines d'assoupissement, à l'ombre des classeurs ? C'est une facilité, ce sont les mots qui s'échappent et qu'on écrase sur la page ?
C'est aujourd'hui, tel qu'il me vient.
Au-delà, un monde de grandes personnes, des avenues grises, et des horaires. Dehors des bruits, des chantiers qu'on construit, un avenir qu'on bricole. Je ne ferme pas les yeux, j'écoute de mon bord lointain les gens qui vivent autour. J'écoute absente.
Lent tourbillon des heures amollies sur la ville. Suspension de l'idée, au bout de la plume, du geste vers l'autre. Isolement. Sans doute au bout d'une branche une feuille s'agite. Mais ici rien ne bouge. Humeur noire qui s'écoule, sous l'éclat blanc du ciel, canaux gris, langueur qui pénètre.
Même les larmes ne savent plus naître, dans l'embrassade brune des clairs après-midi. Même les larmes, même la tristesse, s'éclipsent, persistent. On m'a dit que c'était décollement, adhérence en péril, effets sans cause : mélancolie.
Ou encore moins, grain de sable qui gratte un coin de l'âme, mot qui reste de travers, ou regard qui ne passe pas.
Dans la chambre close, on n'est jamais seul.
Souffle sans fraîcheur. Morne-ité. Encore sourire, qui ne perce pas.
A quoi bon tout cela ?
C'est un retour des vieilles rengaines d'assoupissement, à l'ombre des classeurs ? C'est une facilité, ce sont les mots qui s'échappent et qu'on écrase sur la page ?
C'est aujourd'hui, tel qu'il me vient.
vendredi 12 mars 2010
Au pays des
Boum-boum-boum. Des saccades, du bruit, tapissent un fond de cave quelconque. Des passantes penchées et craintives contournent le lieu. Je fume un énième cigare sur le seuil voilé d'ombre d'une baraque en ruines ; et mon existence s'échevèle, translucide, auprès des grands lampadaires blafards.
Je vois des cubes montés les uns sur les autres, où percent des fenêtres, où personne ne se penche. Comme un décor, carton, pâte, pierre, éboulés par endroits, s'épaulent ailleurs. Des pans de murs penchent, que l'œil veut redresser. Mais il faut croire qu'il existe encore, dans ce bordel, quelque chose d'architectural, de voulu. Il faut croire que quelqu'un a dessiné ces lignes, et puis la succession de tuiles qui cavalent là-bas, en troupeaux grossiers. Sinon, il se pourrait bien que cette ville ne soit qu'une gigantesque farce.
Un essai, défiguré, relégué au placard des ratures.
Je me sens esquissée.
Des voix appellent, en bas, dans la cave. Échos vagues, dont les marées d'alcool perdent leur force hors des ghettos. Déjà, sur le pas de la porte, leurs embruns sales disparaissent, non pas lavés par le froid, mais ralentis, puis arrêtés. Ils tombent au pied du veilleur.
Je tords mon cigare contre la brise, cherchant à préserver une futilité parmi d'autres futilités - une flamme contre la brise.
Ma tête, heurtée contre un trottoir l'un de ces soirs identiques, me fait mal, tourne à droite et à gauche pour fixer ses yeux mouillés sur l'ombre d'un immeuble, ou l'éclat d'un panneau publicitaire. Je la laisse faire. Mes jambes, aussi, tremblent un peu.
Rien qu'un soupçon de dégoût qui s'ébroue.
Des bouffées hargneuses trouent le soir jaune. Fumée en boule, prête à éclore. Des pointillés parcourent le ventre mou du ciel. Quelque grand ciseau s'apprête à lacérer sa face.
Je rentre, une main ballante au côté. La tête vide, au pays des hontes de fées.
Je vois des cubes montés les uns sur les autres, où percent des fenêtres, où personne ne se penche. Comme un décor, carton, pâte, pierre, éboulés par endroits, s'épaulent ailleurs. Des pans de murs penchent, que l'œil veut redresser. Mais il faut croire qu'il existe encore, dans ce bordel, quelque chose d'architectural, de voulu. Il faut croire que quelqu'un a dessiné ces lignes, et puis la succession de tuiles qui cavalent là-bas, en troupeaux grossiers. Sinon, il se pourrait bien que cette ville ne soit qu'une gigantesque farce.
Un essai, défiguré, relégué au placard des ratures.
Je me sens esquissée.
Des voix appellent, en bas, dans la cave. Échos vagues, dont les marées d'alcool perdent leur force hors des ghettos. Déjà, sur le pas de la porte, leurs embruns sales disparaissent, non pas lavés par le froid, mais ralentis, puis arrêtés. Ils tombent au pied du veilleur.
Je tords mon cigare contre la brise, cherchant à préserver une futilité parmi d'autres futilités - une flamme contre la brise.
Ma tête, heurtée contre un trottoir l'un de ces soirs identiques, me fait mal, tourne à droite et à gauche pour fixer ses yeux mouillés sur l'ombre d'un immeuble, ou l'éclat d'un panneau publicitaire. Je la laisse faire. Mes jambes, aussi, tremblent un peu.
Rien qu'un soupçon de dégoût qui s'ébroue.
Des bouffées hargneuses trouent le soir jaune. Fumée en boule, prête à éclore. Des pointillés parcourent le ventre mou du ciel. Quelque grand ciseau s'apprête à lacérer sa face.
Je rentre, une main ballante au côté. La tête vide, au pays des hontes de fées.
samedi 20 février 2010
Anwyhere out of the world
Il ne vient plus personne dans le vieux salon. Et même si la porte, quelquefois, par curiosité s'entrouvre, si les rideaux ne sont pas entièrement tirés, personne ne relève jamais l'invitation à pénétrer dans ce lieu d'antan. Des couvertures tachées de vin, jetées dans un coin, rappellent d'anciens festins bavards, près de la cheminée, sous le clair de lune. Les fenêtres résonnent encore, lorsque le vent chuchote près des carreaux, de notes criardes, fantômes de chants paillards tirés de gosiers trop désaltérés.
Mais il y eut des dames, dans ce salon. Des crinolines et des volants de couleurs vives, des éventails oubliés sur les tables basses, la saveur d'un thé âcre qui reste en bouche... Les dossiers qui s'affaissent désormais gardent l'imperceptible trace d'un dos droit et fragile, à peine appuyé sur la tapisserie du fauteuil, prolongé par un cou gracieux. Des moutons de poussière cachent dans leur duvet de vieilles épingles à cheveux, rouillées, tombées de hauts chignons.
Il plane dans cette chambre le parfum suffocant des vieilleries, leur nauséeuse présence ; avec, malgré tout, de subits accès de fraîcheur qui vous serrent la poitrine au passage des courants d'air. Le balancement du soulier, hésitant, sur les lattes, déclenche des grincements mauvais, comme des rhumatismes, qui figent le talon là où il s'est posé. C'est à nouveau le silence en murmures qui noie tout le décor.
Le tendre chuchotis des fantômes fredonnant.
Mais il y eut des dames, dans ce salon. Des crinolines et des volants de couleurs vives, des éventails oubliés sur les tables basses, la saveur d'un thé âcre qui reste en bouche... Les dossiers qui s'affaissent désormais gardent l'imperceptible trace d'un dos droit et fragile, à peine appuyé sur la tapisserie du fauteuil, prolongé par un cou gracieux. Des moutons de poussière cachent dans leur duvet de vieilles épingles à cheveux, rouillées, tombées de hauts chignons.
Il plane dans cette chambre le parfum suffocant des vieilleries, leur nauséeuse présence ; avec, malgré tout, de subits accès de fraîcheur qui vous serrent la poitrine au passage des courants d'air. Le balancement du soulier, hésitant, sur les lattes, déclenche des grincements mauvais, comme des rhumatismes, qui figent le talon là où il s'est posé. C'est à nouveau le silence en murmures qui noie tout le décor.
Le tendre chuchotis des fantômes fredonnant.
mardi 26 janvier 2010
Mots
Je ne sais plus écrire, tout est parti. Je n'ai plus rien à dire. Mes phrases marmonnent encore quelques rythmes rêveurs, mes mots se suivent sans trop se chahuter. C'est un peu lisse, ça brille encore, par-ci par-là.
C'est vide.
Je vois le ciel qui ne sait plus rien, les gens qui n'ont plus de sens, le temps qui passe. Mon temps qui se défait. Je n'ai plus de voix parce que je n'ai rien à crier. Seulement des larmes qui ne sont même plus belles, même plus vraies. Des coup de blues qui n'ont rien de grand.
Tout s'est éteint, tu m'as laissée.
Tu m'as laissée seule et perdue.
Regarde ma page qui reste blanche. Mes échecs s'accumulent. Plus de saillie, plus d'élan, des ratures accumulées. Un horizon de regrets, la fuite du jour.
Et ce ne sont que des mots. Ce n'est plus rien d'autre.
C'est vide.
Je vois le ciel qui ne sait plus rien, les gens qui n'ont plus de sens, le temps qui passe. Mon temps qui se défait. Je n'ai plus de voix parce que je n'ai rien à crier. Seulement des larmes qui ne sont même plus belles, même plus vraies. Des coup de blues qui n'ont rien de grand.
Tout s'est éteint, tu m'as laissée.
Tu m'as laissée seule et perdue.
Regarde ma page qui reste blanche. Mes échecs s'accumulent. Plus de saillie, plus d'élan, des ratures accumulées. Un horizon de regrets, la fuite du jour.
Et ce ne sont que des mots. Ce n'est plus rien d'autre.
mercredi 30 décembre 2009
Fragments

(The Abandon, Anuwolf)
Voici ce qui traîne dans mes cartons informatiques, voici mes phrases démembrées, mes mots tronqués, mes rimes desséchées. Des magmas de vérités perdues, des amas sans forme, sans sens, qui auraient pu être autre chose. J'aurais pu y croire.
Mais ces élans sont brisés. Ils s'arrêtent au bord de la feuille, là où ma main a flanché et mon cœur s'est senti vide. Là où j'ai lâché prise. Où j'ai abandonné.
Ils m'encombrent, ces échecs.
Je les exhibe pour faire table rase. Je les jette dehors.
M'en débarrasser.
Les regards curieux pourront les survoler, en passant.
Mais ces élans sont brisés. Ils s'arrêtent au bord de la feuille, là où ma main a flanché et mon cœur s'est senti vide. Là où j'ai lâché prise. Où j'ai abandonné.
Ils m'encombrent, ces échecs.
Je les exhibe pour faire table rase. Je les jette dehors.
M'en débarrasser.
Les regards curieux pourront les survoler, en passant.
11/12/09
Le gris tombe en miettes sur les façades, la nuit s'apprête. Se mêle à mon cafard des jours de fête. Au cœur des brouhahas mon cœur respire. Regarde à gauche, regarde à droite, s'en va mourir. Je vais sans détours dans le passage des larmes. Tourner le dos au jours, faire ses armes, contre les sanglots qui rôdent, environnant les âmes dont la joie éphémère est une trompeuse flamme. A quoi bon relever les têtes branlantes, les membres mous, pourquoi faut-il les tendre, vers où ? Il y a le bruit de l'eau sur les terrasses, qui fait sourire les noirs piétons qui passent. Rien n'a d'air, tout se fuit, on étouffe sans savoir. L'avenir, dans nos verres, boit notre vin du soir.
29/11/09
Au fond du jardin s'étalait la lune, vague empilement de clartés jaunes. Des branchages s'y penchaient, tête nue, maigres dans la nuit de l'hiver. Des successions d'images, venues d'autres temps, enjambaient le ruisseau noir qui bourdonnait sous la glace, formant des rosaces ; s'y mêlaient des mots qu'on n'avait plus entendus depuis longtemps, et des souffles et des rires de gens qui n'étaient plus là.
Sous le rebord de la haie bleue, mes songes s'entassaient. Je les sentais fuser, emplir d'un peu de tiède l'atmosphère silencieuse, accompagner les bouffées blanches que je tirais de ma pipe. Mes pieds ne s'agitaient plus.
26/05/09
Abram No pinça très délicatement la chair rosée de la joue de la morte. La texture en était élastique et étrangement molle. Le corps avait à peine basculé dans le royaume des limbes muettes - sans ce boum-boum, boum-boum bien embêtant qu'on a toujours dans la poitrine. Il était encore tout chaud, appétissant comme un petit pain sorti du four. Abram No tâta, entre le pouce et l'index, la pastille ronde du lobe disparaissant sous les cheveux blancs. Sa fermeté était adorable.
15/05/09
Impossible de savoir ce qui a changé. Pas moyen de mettre la main sur ce petit rien qui a tout retourné, tout chamboulé, sans égard pour ma tristesse, mon désespoir et mes désillusions. Où que je tourne les yeux à présent autour de moi, il n'y a plus rien que je reconnaisse.
09/04/09
Alors le temps passait, le temps revenait, j'avais la nausée devant ses tortillements. Plus de corde salée où retenir mon cœur. Instable et sans perspective ferme, rien que la découpe des vagues trimbalée par-dessus la coque du navire ; rien qu'un amoncellement de volumes, nuage sur écume, carré noir de nuit piqué sur le grand mât ; rien que des sons douloureux, sifflements du vent haineux venus râper nos peaux, et hurlements des passagers, laissés sans capitaine.
Je fis comme les autres et penchait mon corps trempé au bastingage. Je voulais voir plus bas, j'imaginais des profondeurs sourdes, veloutées, sous les coups de gueule de la tempête. Toute la mer ne pouvait pas nous en vouloir à ce point, il fallait bien qu'il y eût, ailleurs, des régions apaisées et disposées à l'accueil des héros vaincus. Si nous sombrions, nos corps feraient mieux de gonfler leurs membres de noyés pour descendre, lourds, en bas, plus bas, rejoindre les duvets millénaires des fonds marins. L'oreiller des siècles pour porter nos têtes sombres, nos lucioles éteintes. Ce serait bien.
31/03/09
Nous avons marché côte à côte dans le ciel de printemps, côtoyant les nuages et les oiseaux. Nous esquissions les chemins du soleil, chatouillés par le dernier vent de mars. Penchés aux rambardes célestes, nous étions pleins de curiosité. Mais nous n'avons pas vu le monde à nos pieds, car tout ce qui nous importait prenait place dans le visage de l'autre. Nous nous suffisions.
14/01/09
Nous avancions, sans jour, nous devancions nos pas
Croisant nos embarras, et bercés de sommeil,
L'insomnie des étoiles pesant sur nos bras
Nous appelions la lune à nos heures de veille
Croisant nos embarras, et bercés de sommeil,
L'insomnie des étoiles pesant sur nos bras
Nous appelions la lune à nos heures de veille
Et souvent j'y ai cru mais c'était le mirage
D'une nuit brune, la joue triste, et l'âme lourde
Sans reflet, sans remous, à l'air calme et trop sage
C'étaient des errements dans les ruelles sourdes
D'une nuit brune, la joue triste, et l'âme lourde
Sans reflet, sans remous, à l'air calme et trop sage
C'étaient des errements dans les ruelles sourdes
mercredi 4 novembre 2009
Lullaby
Peut-être que ça ne veut plus rien dire, alimenter encore ce blog mort-vivant. Mais il y a quelque chose aujourd'hui dans l'air, dans la musique dont se remplit ma chambre, qui oblige les choses à être belles, ma bouche à sourire, et mes doigts à écrire. Alors que ce soit peine perdue, renaissance avortée, bref sursaut de foi... peu importe, moi j'ai quelque chose qui bourdonne à l'intérieur, ce matin, et qui veut sortir.
C'était un repos paisible, entrecoupé de rêves ; je reprenais mon souffle entre deux tourbillons d'images. Ma tête était ballotée d'univers en univers, et j'aimais me débattre contre ces étreintes qui vous chatouillent bizarrement, où le monde change de sens et les perspectives se cassent la gueule. Et puis il me sembla qu'on me tirait ailleurs, je sentis mes défenses se rompre et mon corps inconsistant traverser des brumes. Ça courait, autour de moi. Je remuais étrangement. Je m'aperçus que, moi aussi, je m'étais envolée.
Il n'y avait qu'une étendue grise en-dessous de moi, mais elle était loin, bien loin en bas. Je tendais les bras vers l'avant, mes cheveux me cachaient parfois la vue, emmêlés devant mes yeux. Je ne contrôlais rien, tout semblait flotter, moi et les autres, moi et le monde ; en même temps, la vitesse était telle que mes mains se crispaient instinctivement pour agripper quelque chose. Pourtant je n'avais pas peur, parce que j'étais légère, que je montais toujours plus haut, et que le soleil était au bout de l'horizon, rond et rouge comme une pomme bien mûre. Sur mes lèvres entrouvertes se peignait la couleur du couchant ; je rigolais sans savoir pourquoi, goûtant un enthousiasme d'enfant.
Alors, quand tout s'éteint et que le rêve m'abandonna, je clignai plusieurs fois des yeux pour chasser l'éblouissement. Le jour, au-dehors, s'ébrouait, et je souris à la vue des gouttelettes de lumière traversant les volets.
Je remontai la couette me blottis dans les restes de mes fééries nocturnes.
Tu dormais à côté.
Ce n'était rien qu'un réveil un peu tendre et naïf, rien qu'une envolée de rires étouffés vers la promesse d'une belle journée. C'était chaud, agréable, ça sentait bon et ça décoiffait les têtes encore pleines de sommeil.
Quelque chose comme un grain de bonheur égaré sur le coin d'un oreiller.
C'était un repos paisible, entrecoupé de rêves ; je reprenais mon souffle entre deux tourbillons d'images. Ma tête était ballotée d'univers en univers, et j'aimais me débattre contre ces étreintes qui vous chatouillent bizarrement, où le monde change de sens et les perspectives se cassent la gueule. Et puis il me sembla qu'on me tirait ailleurs, je sentis mes défenses se rompre et mon corps inconsistant traverser des brumes. Ça courait, autour de moi. Je remuais étrangement. Je m'aperçus que, moi aussi, je m'étais envolée.
Il n'y avait qu'une étendue grise en-dessous de moi, mais elle était loin, bien loin en bas. Je tendais les bras vers l'avant, mes cheveux me cachaient parfois la vue, emmêlés devant mes yeux. Je ne contrôlais rien, tout semblait flotter, moi et les autres, moi et le monde ; en même temps, la vitesse était telle que mes mains se crispaient instinctivement pour agripper quelque chose. Pourtant je n'avais pas peur, parce que j'étais légère, que je montais toujours plus haut, et que le soleil était au bout de l'horizon, rond et rouge comme une pomme bien mûre. Sur mes lèvres entrouvertes se peignait la couleur du couchant ; je rigolais sans savoir pourquoi, goûtant un enthousiasme d'enfant.
Alors, quand tout s'éteint et que le rêve m'abandonna, je clignai plusieurs fois des yeux pour chasser l'éblouissement. Le jour, au-dehors, s'ébrouait, et je souris à la vue des gouttelettes de lumière traversant les volets.
Je remontai la couette me blottis dans les restes de mes fééries nocturnes.
Tu dormais à côté.
Ce n'était rien qu'un réveil un peu tendre et naïf, rien qu'une envolée de rires étouffés vers la promesse d'une belle journée. C'était chaud, agréable, ça sentait bon et ça décoiffait les têtes encore pleines de sommeil.
Quelque chose comme un grain de bonheur égaré sur le coin d'un oreiller.
Inscription à :
Articles (Atom)